Un vent contraire, une serre dangereuse et un secret
« Non », répond-elle sans hésiter. Dieu sait qu’elle n’a pas l’impression d’avoir travaillé pendant 37 ans pour UPSA. Cela tient peut-être aussi au fait que Brigitte Hostettler n’avait initialement prévu de rester qu’un an à association professionnelle suisse de l’automobile.
Retour en arrière. Nous sommes le 5 avril 1989. Le mur de Berlin divise l’Europe entre l’Ouest et l’Est, dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, les femmes n’ont toujours pas le droit de vote, David Hasselhoff fait un tabac dans les hit-parades suisses avec « Looking for Freedom » et Nintendo lance au Japon la toute première Game Boy. Cela fait donc 37 ans – excusez-moi l’expression – qu’on est bien loin de tout ça.
Ce jour-là, Brigitte Hostettler, alors âgée d’une vingtaine d’années, découvre pour la première fois UPSA des bureaux de l’UPSA. C’est Rudolf Baldinger, le père de Monique Baldinger – qui travaille toujours aujourd’hui pour UPSA –, qui lui remet son contrat. Auparavant éducatrice d’enfants sourds à l’école d’orthophonie de Münchenbuchsee, elle est embauchée comme « dactylographe à temps partiel » : le matin, elle tapait des dictées orales sur une énorme machine à écrire IBM et préparait des documents pour la formation initiale et continue ; l’après-midi, elle suivait une formation à l’école de commerce.
Un an plus tard, Brigitte a envie de passer à autre chose. En principe. Mais elle ne sait pas encore si elle doit poursuivre sa formation continue. Le fait que UPSA manque justement de personnel qualifié à ce moment-là tombe donc à point nommé pour elle. Rudolf Baldinger lui demande si elle pourrait envisager de rejoindre le secrétariat de la formation professionnelle. En tant que « dactylo à temps partiel », cette Bernoise s’y connaît en effet en travaux administratifs et dans le domaine de formation.
C’est ainsi que, à compter du 2 juin 1990, Brigitte est engagée en tant que « secrétaire à temps plein du secrétariat de la formation professionnelle 1 & 2 », désormais à 100 %. Elle gère le secrétariat du département, accompagne les formations techniques de base et organise les examens de maîtrise. « Le volume de travail correspondait à peu près à celui des techniciennes et techniciens en diagnostic automobile aujourd’hui. » Parallèlement, Brigitte rattrape son apprentissage commercial et suit une formation en gestion.
Les années passées à la Mittelstrasse, dans le quartier bernois du Länggass, où UPSA avait son siège jusqu’en 2013, s’éloignent peu à peu. À la fin des années 90, un centre d’examen est mis en service à Wiedlisbach (BE) ; début mars 2006, toute l’équipe pédagogique déménage en Haute-Argovie. C’est le cœur de l’hiver.
Le nouveau lieu de travail de Brigitte : une ancienne serre réaménagée. « Ce matin-là, en mars, il y avait tellement de neige que nous avons eu beaucoup de mal à rejoindre le bureau. Sous le poids de la neige, les câbles d’acier qui maintenaient la serre s’étaient affaissés. D’un point de vue de la sécurité, c’était assez préoccupant », raconte-t-elle avec un sourire.
Ce n’est pas la seule anecdote amusante dont Brigitte se souvient. L’apport d’air frais dans la serre se fait par un hangar de remisage situé en dessous. C’est là que sont parfois entretenues véhicules anciens. « Quand elles avaient bien fumé, le monoxyde de carbone nous faisait nous suspendre aux câbles plus haut. Une fois, à cause d’une panne de chauffage, les dalles de sol du bureau et des salles de formation se sont considérablement bombées. Certaines ont même bondi en l’air dans un grand fracas. »
« Je pourrais raconter bien d’autres anecdotes de ce genre », confie-t-elle. Elle souhaite en garder certaines pour elle, mais elle accepte tout de même d’en révéler une. « J’ai dû rédiger la candidature de l’un de nos anciens supérieurs pour son prochain poste. » Brigitte ajoute avec un sourire : « Le tout, bien sûr, dans la plus stricte confidentialité. »
Mais à l’époque, Brigitte n’avait pas toujours envie de rire – notamment lorsqu’il s’agissait de sa place au sein de ses propres rangs. Le scepticisme l’accompagnait en permanence, car au début, elle était de loin la seule femme à s’impliquer sur le terrain et non pas seulement à tirer les ficelles depuis l’administration. « C’est pourquoi j’ai rapidement acquis les connaissances nécessaires à la mise en œuvre de la formation initiale et continue. C’était la seule façon de convaincre les hommes. J’ai vite compris : si tu ne sais pas comment fonctionne un véhicule, tu es hors jeu. » Ce savoir-faire est un atout, tout comme le renouvellement générationnel. « Avec les plus jeunes, les choses se sont nettement améliorées. »
Et pourtant, certaines choses lui manquent depuis le déménagement à Mobilcity. Les échanges étroits avec les experts, par exemple. « Là-bas, nous étions plus éloignés de l’action. » Malgré tout, le déménagement à la Wölflistrasse a été une « excellente idée », car il a permis de réunir toutes les associations automobiles importantes sous un même toit. En tant que responsable du secteur du commerce de détail et de la formation de base elle a également apprécié le contact direct avec le centre de formation pratique (üK) de la section de Berne.
C’est pourquoi Brigitte tient à remercier les personnes avec lesquelles elle a collaboré pendant tant d’années. « Je tiens à remercier les responsables des cours interentreprises, les experts d’examen, les équipes de rédaction, l’équipe de UPSA et tous ceux qui m’ont accompagnée et soutenue. »
Son départ a donc été teinté d’une certaine mélancolie. « Je suis une personne sensible », dit Brigitte – avant de déglutir brièvement. Après une pause, elle poursuit : « Ces personnes vont me manquer, ainsi que tous ces contacts. Grâce à vous, et notamment grâce aux jeunes, j’ai toujours su ce qui se passait d’actualité. J’ai toujours absorbé cela avec beaucoup d’intérêt. »
D’un autre côté, Brigitte a ressenti un grand soulagement. « Le poids de la responsabilité m’a été enlevé. Ces dernières années, j’ai parfois été à la limite de mes capacités. » Elle n’avait pratiquement plus le temps de se plonger dans la lecture pour approfondir certains sujets. Or, elle est quelqu’un qui a besoin de voir et de ressentir les choses pour les comprendre.
Au début, Brigitte a notamment eu du mal avec Internet. « Ça m’a un peu déstabilisée au début. J’avais d’abord résisté, mais j’ai fini par réaliser que je devais et que je voulais m’y mettre. » Brigitte admet honnêtement qu’elle n’est toujours pas une experte du web. « Mais je m’en sors. »
Brigitte Hostettler n’a guère élaboré de projets concrets pour la période qui suivra son départ à la retraite. « Beaucoup m’ont dit que je devrais me lancer dès maintenant dans tel ou tel projet. Cela m’a en quelque sorte stressée. C’est pourquoi j’ai décidé de ne rien faire pour l’instant, puis de découvrir de nouveaux défis au gré de mes envies. » Elle souhaite refaire davantage de sport, assister à des événements culturels et renouer avec ses relations sociales. « J’ai un peu négligé tout ça par le passé. »
Elle avait prévu de passer un an UPSA, mais cela en a finalement fait 37. Avec un léger sourire, Brigitte Hostettler secoue la tête : « Je n’aurais jamais pensé m’intéresser un jour à un moteur. Et aujourd’hui, il m’arrive de temps en temps de me tenir à côté d’une voiture, de l’observer d’un point de vue technique et d’apprécier la beauté de sa carrosserie. » La dactylo à temps partiel de 1989 est rapidement devenue une véritable professionnelle.