Quand l'expérience prend sa retraite
D’ici 2040, l’économie suisse connaîtra un déficit d’environ 431 000 travailleurs, soit 8 % de l’ensemble de la population active actuelle. Cette tendance atteindra son apogée en 2029 : selon les calculs d’Economiesuisse, le nombre de personnes partant à la retraite dépassera alors de plus de 30 000 celui des jeunes entrant sur le marché du travail. La branche automobile n’est pas épargnée non plus.
Lorsqu’un collaborateur ou une collaboratrice de longue date part à la retraite, il faut dans un premier temps pourvoir son poste. La plupart des garages y réfléchissent suffisamment tôt. Une autre question est toutefois moins évidente : qu’advient-il des connaissances que cette personne a acquises, parfois au fil de décennies ?
Les spécialistes parlent ici de connaissances implicites ou de savoir-faire. Ce savoir s’enrichit à chaque diagnostic, à chaque réparation complexe et à chaque entretien avec un client. Quiconque travaille dans un garage depuis des décennies développe une intuition des liens entre les choses, identifie des schémas et trouve souvent des solutions plus rapidement que quelqu’un qui n’exerce ce métier que depuis quelques années. C’est précisément ce savoir qui rend les collaborateurs expérimentés si précieux pour une entreprise, et c’est précisément ce savoir qui risque d’être perdu d’un seul coup lors d’un départ à la retraite.
Une étude sur le marché du travail allemand montre que cette perte est réellement mesurable : il faut en moyenne un an et demi à deux ans pour qu’un successeur atteigne le niveau d’expérience du spécialiste qu’il remplace.
En théorie, la situation est claire : les connaissances doivent être transmises avant qu’elles ne disparaissent. Dans la pratique, cependant, cette idée échoue souvent. Non pas par mauvaise volonté, mais pour des raisons structurelles : dans le quotidien d’un garage, on manque souvent tout simplement de temps pour expliquer tranquillement quelque chose à des collègues plus jeunes, alors que la cliente suivante attend déjà. De plus, certains techniciens expérimentés ont du mal à transmettre consciemment leur savoir. Non pas par manque de volonté, mais parce que beaucoup de choses sont devenues une évidence et ne sont plus du tout perçues comme des « connaissances particulières ». Ces obstacles ne disparaissent pas d’eux-mêmes. Ils peuvent toutefois être abordés de manière ciblée si les exploitants ne laissent pas le transfert de connaissances au hasard, mais l’abordent de manière structurée.
La première étape consiste donc à se faire une vue d’ensemble. Quelles tâches dépendent aujourd’hui fortement de certaines personnes ? Qui dispose de connaissances spécialisées sur certaines marques de véhicules ou certains diagnostics ? Qui connaît les clients de longue date et l’historique de leurs véhicules ? De telles questions aident à identifier les dépendances à un stade précoce ; et ce, idéalement plusieurs années avant le départ à la retraite et non pas seulement au cours des derniers mois.
Une approche éprouvée dans la pratique suisse de la gestion des connaissances consiste en une passation structurée en plusieurs phases : de l’état des lieux à la formation accompagnée, en passant par la transmission progressive des tâches. Les prestataires qui accompagnent les exploitants dans de tels processus font état d’une réduction pouvant atteindre 30 % de la durée de formation lorsque les connaissances sont transmises de manière systématique plutôt que fortuite.
Si de nombreux éléments peuvent être documentés, le savoir issu de l’expérience fonctionne différemment. Il se construit au quotidien et c’est là qu’il se transmet le mieux. Lorsque des collaborateurs expérimentés comprennent délibérément leurs jeunes collègues dans des tâches exigeantes, expliquent leur raisonnement et ne se contentent pas de montrer ce qu’ils font, mais expliquent également pourquoi ils optent pour une solution particulière, le savoir devient tangible.
Une autre possibilité consiste à considérer les départs à la retraite comme une transition plutôt que comme un point final définitif. Certains exploitants prévoient délibérément une période de chevauchement entre un spécialiste expérimenté et son successeur. Le sens inverse est également intéressant à cet égard : dans le domaine des véhicules électriques et des diagnostics assistés par logiciel, le savoir se transmet de plus en plus des jeunes vers les plus âgés. Les mécaniciens expérimentés, qui ont appris leur métier sur des moteurs à combustion classiques, bénéficient souvent eux-mêmes du savoir-faire numérique de leurs jeunes collègues. Le transfert de savoir dans la branche automobile fonctionne donc dans les deux sens.
En fin de compte, c'est avant tout la culture d'entreprise qui détermine si les connaissances sont partagées. A-t-on le temps, au sein de l'entreprise, de poser des questions ? Explique-t-on pourquoi une solution particulière a été choisie ? Ou bien chacun travaille-t-il de son côté ? Le transfert de connaissances repose sur la volonté de transmettre les expériences et sur la capacité des entreprises à créer l'espace nécessaire à cet effet.
Compte tenu de la pénurie de main-d’œuvre perceptible, qui, selon les prévisions, devrait encore s’aggraver d’ici la fin de cette décennie, cette question devient de plus en plus une question de survie pour la branche automobile. Trouver de nouveaux collaborateurs reste un défi. Il est donc d’autant plus important de préserver les connaissances de ceux qui quitteront l’entreprise dans les années à venir. Ceux qui transmettent leur expérience en temps utile ne perdent pas une partie de leur savoir-faire au moment de leur départ à la retraite, mais posent les bases pour que celui-ci perdure au sein de l’entreprise.
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